Sony FX3 monté sur un trépied vidéo, avec un enregistreur Atomos, devant un logo MPB rose fluo

Vidéo 8 bits ou 10 bits : quelle différence ?

Publié le 5 octobre 2026 par MPB

Faut-il dépenser plus pour un appareil capable de filmer en 10 bits ? Et quels sont les avantages par rapport au 8 bits ? Jakub, vidéaste chez MPB Brighton, compare des séquences tournées en 10 bits avec le Sony FX3 et en 8 bits avec le Sony A7 III pour voir concrètement ce qui change.

Filmer en 10 bits vaut-il le coût supplémentaire, les fichiers plus volumineux et la puissance de calcul nécessaire ? De plus en plus d’appareils permettent aujourd’hui d’enregistrer avec des codecs 10 bits, même si le 8 bits reste très répandu.

Pour ce test, j’ai utilisé deux appareils Sony : le Sony FX3 et le Sony A7 III. Mais avant de comparer les images, commençons par voir ce qui distingue réellement la vidéo 8 bits de la vidéo 10 bits.

8 bits et 10 bits : qu’est-ce que ça signifie ?

Une image numérique repose sur trois canaux de couleur : le rouge, le vert et le bleu, d’où le modèle RVB. Ensemble, ils composent l’image finale.

Avec une profondeur de couleur de 8 bits, chaque canal peut restituer 256 niveaux, soit environ 16,7 millions de couleurs au total. En 10 bits, on passe à 1 024 niveaux par canal, pour plus d’un milliard de couleurs au total.

Cette quantité supplémentaire d’informations colorimétriques a un impact important sur la précision des couleurs et la capacité de l’image à restituer les nuances. Passons au premier test.

Comparaison d’une vieille voiture devant un garage. En haut, la séquence filmée avec le Sony FX3 en 10 bits ; en bas, en 8 bits.

Comparaison d’une vieille voiture devant un garage. En haut, la séquence filmée avec le Sony FX3 en 10 bits ; en bas, en 8 bits.

8 bits vs. 10 bits

Pour ce plan du garage, j’ai filmé la même scène en 4K 8 bits avec un Sony A7 III et en 4K 10 bits avec un Sony FX3.

J’ai désactivé le profil d’image, ce qui signifie que les séquences ne nécessitent pas d’étalonnage particulier. À la sortie de l’appareil, les deux images sont presque identiques. Même après un étalonnage assez poussé, la différence visuelle reste minime.

En poussant vraiment l’étalonnage, quelques artefacts commencent à apparaître sur la séquence 8 bits, mais ils restent assez discrets. Cela montre que la différence entre 8 et 10 bits peut être subtile lorsqu’on effectue peu de travail en postproduction.

Test des détails fins et des dégradés

Le test suivant est beaucoup plus exigeant pour un codec vidéo : l’image contient à la fois de nombreux détails fins et des dégradés subtils. On filme ici des branches agitées par le vent devant un ciel bleu dégagé.

Comparaison côte à côte d'un plan statique de branches d'arbre déplacées par le vent. À gauche, on voit un plan filmé avec un Sony FX3 en 10 bits et à droite, un plan filmé avec un Sony FX3 en 8 bits.

Comparaison de branches d’arbres agitées par le vent avec un étalonnage poussé. En haut, la séquence filmée avec le Sony FX3 en 10 bits ; en bas, en 8 bits.

J’ai enregistré cette scène en S-Log3, un profil d’image qui m’offre davantage de latitude au montage, mais qui nécessite un étalonnage avant publication. Le Log est particulièrement utile lorsqu’on cherche à conserver une large plage de valeurs tonales.

C’est ici que les avantages du 10 bits commencent vraiment à apparaître. Regarde les contours dont les couleurs se dégradent sur la séquence 8 bits. Il n’y a tout simplement pas assez d’informations colorimétriques pour conserver une transition aussi fluide entre le ciel et les feuilles. La séquence 10 bits préserve davantage de nuances et produit un dégradé plus régulier dans le ciel.

Comparaison de branches d’arbres agitées par le vent avec un étalonnage poussé. En haut, la séquence filmée avec le Sony FX3 en 10 bits ; en bas, en 8 bits.

Comparaison d’un plan montrant des branches d’arbre agitées par le vent, avec un étalonnage des couleurs très poussé. En haut, le plan a été filmé avec un Sony FX3 en 10 bits ; en bas, avec un Sony FX3 en 8 bits.

Voyons maintenant ce qui se passe lorsqu’on pousse volontairement l’étalonnage à l’extrême pour mettre le codec à l’épreuve.

Le banding, ou effet de bandes, devient nettement plus visible dans le ciel sur la séquence 8 bits. C’est un problème courant avec une profondeur de couleur de 8 bits, surtout lorsqu’on pousse fortement l’image en postproduction.

Cet étalonnage a également révélé un motif étrange sur une séquence enregistrée avec le codec All-Intra du Sony FX3.

Mais on ne filme pas uniquement des plans fixes de voitures et d’arbres. Passons à un sujet humain pour voir comment les fichiers se comportent dans une situation plus réaliste.

Test sur un portrait

Comparaison de séquences filmées en 10 bits à gauche et en 8 bits à droite. Un homme est assis devant un mur bleu, à côté d’une table basse avec une tasse orange et une coupe de fruits.

Comparaison de séquences filmées en 10 bits à gauche et en 8 bits à droite. Un homme est assis devant un mur bleu, à côté d’une table basse avec une tasse orange et une coupe de fruits.

Pour ce test, j’ai filmé Jamil, notre Social Media Manager, devant un mur bleu. Pour compliquer encore un peu la tâche aux appareils, j’ai utilisé un filtre Black Pro-Mist afin d’adoucir l’image et de diffuser les hautes lumières.

Comparaison montrant les artefacts de compression visibles autour du néon sur la séquence 8 bits

Comparaison montrant les artefacts de compression visibles autour du néon sur la séquence 8 bits

Une fois les deux plans harmonisés, les différences entre les codecs deviennent plus évidentes.

Sur la séquence 8 bits, des artefacts importants apparaissent autour du néon, alors qu’ils sont absents de la version 10 bits. Le bruit et les bandes sont également beaucoup plus visibles sur le mur en 8 bits. La séquence ne contient pas suffisamment d’informations colorimétriques pour restituer des transitions tonales parfaitement fluides sur la peau de Jamil.

On voit ici tout l’intérêt du 10 bits lorsqu’il faut reproduire avec précision des variations de couleur très subtiles.

Comparaison en noir et blanc du Sony FX3 en 10 bits, en haut, et du Sony A7 III en 8 bits, en bas. Jamil est assis à côté d’une table avec une tasse et une coupe de fruits.

Comparaison en noir et blanc du Sony FX3 en 10 bits, en haut, et du Sony A7 III en 8 bits, en bas. Jamil est assis à côté d’une table avec une tasse et une coupe de fruits.

En regardant séparément les différents canaux de couleur, on voit encore plus clairement la quantité d’informations supplémentaire contenue dans la séquence 10 bits, notamment dans les canaux rouge et bleu.

Observe les artefacts de compression autour du néon et sur le mur bleu. Cette comparaison montre bien l’avantage du 10 bits lorsqu’il s’agit de préserver les informations de couleur dans les différents canaux.

Photo des coulisses montrant Jakub devant un fond vert, filmé par une caméra

Photo des coulisses montrant Jakub devant un fond vert, filmé par une caméra.

Test sur fond vert

Passons maintenant à l’un des tests les plus exigeants pour un codec vidéo : le fond vert.

Cette fois, je me suis filmé devant un fond vert avec ce très beau Fujifilm X100T entre les mains. L’éclairage du fond est volontairement imparfait, histoire de compliquer un peu les choses.

Comparaison du Sony FX3 en 10 bits et du Sony A7 III en 8 bits, montrant l’effet de chaque profondeur de couleur sur les dégradés subtils du bras de Jakub.

Comparaison du Sony FX3 en 10 bits et du Sony A7 III en 8 bits, montrant l’effet de chaque profondeur de couleur sur les dégradés subtils du bras de Jakub.

Le détourage obtenu avec la séquence 8 bits n’est pas mauvais, mais il a clairement été plus facile d’obtenir un résultat propre avec le fichier 10 bits.

On retrouve aussi les problèmes observés lors du test précédent, notamment sur ma peau. Des taches et des artefacts apparaissent là où les transitions tonales devraient être fluides.

Le 10 bits est donc particulièrement intéressant pour les productions vidéo qui utilisent régulièrement l’incrustation sur fond vert.

Photo de l’écran arrière d’un Sony FX3 affichant les réglages d’enregistrement

Photo de l’écran arrière d’un Sony FX3 affichant les réglages d’enregistrement

Profondeur de couleur et sous-échantillonnage de la chrominance

Le sous-échantillonnage de la chrominance consiste à réduire la quantité d’informations liées à la couleur (la chrominance) tout en conservant les informations de luminosité (la luminance).

L’objectif est de réduire le débit de données tout en préservant une bonne qualité d’image perçue.

Voyons maintenant quelle différence il y a entre un sous-échantillonnage 4:2:2 et 4:2:0 associé à une profondeur de couleur de 10 bits sur le Sony FX3.

Comparaison entre le sous-échantillonnage 4:2:2 et 4:2:0

Comparaison entre le sous-échantillonnage 4:2:2 et 4:2:0

Sur une image en couleur affichée normalement, la différence est à peine perceptible, à moins de zoomer et de savoir précisément où regarder.

En observant attentivement l’image, on distingue néanmoins une meilleure restitution des couleurs dans certaines zones, notamment autour du néon, ainsi qu’un peu moins de bruit dans l’arrière-plan avec la séquence 4:2:2.

Cela montre à quel point ce type de compression peut être efficace : la quantité de données diminue tout en conservant une très bonne qualité d’image perçue.

Comparaison montrant les différences entre les canaux rouge, vert et bleu en 4:2:2 et 4:2:0

Comparaison montrant les différences entre les canaux rouge, vert et bleu en 4:2:2 et 4:2:0

La différence devient beaucoup plus évidente lorsqu’on examine séparément les canaux RVB. Des artefacts sont visibles sur chacun d’entre eux avec la séquence 4:2:0.

Dans le canal rouge, par exemple, on distingue clairement les contours du logo sur le t-shirt. On voit ainsi que davantage d’informations sont conservées pour la luminance que pour la couleur.

Comparaison d’un masque violet en 4:2:2 et en 4:2:0

Comparaison d’un masque violet en 4:2:2 et en 4:2:0

Comme pour le 8 bits et le 10 bits, c’est lors d’un détourage ou d’un étalonnage poussé que la différence devient la plus visible. La séquence 4:2:2 conserve davantage d’informations de couleur, ce qui permet notamment de créer des masques plus propres et plus progressifs.

8 bits ou 10 bits : lequel choisir ?

Dans l’ensemble, le 10 bits demande davantage de puissance de calcul et génère des fichiers plus volumineux.

Dans la plupart des cas, surtout si tu ne filmes pas en Log ou avec un profil d’image plat et que tu cherches à obtenir ton rendu directement dans l’appareil, le 10 bits n’est pas indispensable.

En revanche, il devient particulièrement utile si tu effectues beaucoup d’étalonnage ou si tu utilises des effets numériques comme l’incrustation sur fond vert.

La profondeur de couleur et le sous-échantillonnage de la chrominance fonctionnent ensemble. Si ton appareil te laisse le choix, privilégie le 10 bits 4:2:2 lorsque tu recherches la meilleure qualité d’image possible. Le 8 bits 4:2:0 reste adapté si tu prévois seulement un étalonnage léger et n’as pas besoin de réaliser d’incrustation.

Le choix dépend donc autant de la qualité d’image recherchée que de la taille des fichiers et de ton flux de travail.

Parmi les autres appareils capables de filmer en 10 bits, on trouve notamment le Panasonic DC-GH5, les Fujifilm X-T3 et Fujifilm X-T4, les Blackmagic Pocket Cinema Camera 4K et Pocket Cinema Camera 6k Pro EF, le Canon Cinema EOS C200 EF et le Sony A7S III.

Si tu filmes pour YouTube avec un profil d’image prêt à être publié, que tu as besoin d’un flux de travail rapide et que tu veux économiser de l’espace de stockage, le 8 bits reste une très bonne option. Les reflex et appareils photo hybrides modernes permettent de filmer en 8 bits.

Sony FX3 monté sur un trépied vidéo avec un enregistreur Atomos, devant un logo MPB en néons roses

Sony FX3 monté sur un trépied vidéo avec un enregistreur Atomos, devant un logo MPB en néons roses

FAQ : vidéo 8 bits vs. 10 bits

Quel est le principal avantage du 10 bits par rapport au 8 bits ?

Le 10 bits permet d’afficher plus d’un milliard de couleurs au total, contre environ 16,7 millions en 8 bits. Il conserve donc davantage d’informations colorimétriques et offre plus de latitude pour travailler les couleurs en postproduction.

Dans quelles situations la différence entre 8 bits et 10 bits est-elle la plus visible ?

La différence apparaît surtout lors d’un étalonnage poussé, dans les dégradés subtils et lors d’une incrustation sur fond vert. La profondeur de couleur supérieure du 10 bits permet de pousser davantage l’image en postproduction avant que des artefacts visibles n’apparaissent.

Le 10 bits est-il nécessaire si je fais peu d’étalonnage ?

Non. Le 8 bits est souvent suffisant si tu retouches peu les couleurs et utilises un profil d’image offrant déjà le rendu souhaité. Pour les productions qui nécessitent davantage de travail en postproduction, la précision colorimétrique supplémentaire du 10 bits peut en revanche faire une vraie différence.


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